Le pangolin, protégé mais menacé

Avec la pandémie de Covid, tout le monde a entendu parler du pangolin. Mais vous ne savez sans doute pas tout de lui ! Le pangolin, extrêmement menacé, possède un blindage d’écailles fantastique, inspirant de nombreuses innovations !

Crédits photo : CEDRIC ET ELYANE JACQUET

Le pangolin : un mammifère blindé


Les écailles du pangolin : une protection à l’épreuve des prédateurs les plus féroces

Présent en Asie, mais aussi en Afrique, le pangolin est un petit mammifère : il mesure entre 30 et 80 cm de long. Petit, mais il sait se défendre : quand il est menacé, il se roule en boule et se cache derrière sa carapace ! Composée d'un millier d'écailles en kératine superposées, elle est quasi-impénétrable. Détail remarquable : c’est le seul mammifère recouvert d’écailles en kératine au monde ! Le pangolin parvient ainsi à se protéger des assauts de superprédateurs pourtant connus pour leur force redoutable, comme les lions. Le plus surprenant, c'est que cette incroyable carapace ne représente que 0,5 % de sa masse totale : une protection à la fois ultra solide et très légère !

La superposition des écailles joue un rôle important pour le pangolin : elle permet d’abord d’assurer qu’il n’y ait pas de faiblesse dans son armure. Mais c’est aussi grâce à cette superposition que le pangolin reste mobile, et qu’il est capable de se mettre en boule pour se protéger.

Le pangolin, protégé par ses écailles en kératine

Ces écailles sont une source d’inspiration foisonnante pour le biomimétisme

Un système de protection aussi efficace est bien sûr une source d’inspiration de choix ! C’est le principe du biomimétisme : s’inspirer de l’ingéniosité du vivant pour développer des technologies sobres et efficaces. Les écailles superposées du pangolin ont ainsi inspiré plusieurs systèmes très résistants, et notamment un gilet pare-balles : DragonSkin©. Ce gilet est composé de plusieurs disques, qui se chevauchent à la manière des écailles du pangolin. Les disques en céramique ultra-résistante (carbure de silicium) permettent d’arrêter les balles. Ils sont disposés dans un textile en fibre de verre. Ce gilet présente plusieurs avantages : comme il est composé de plusieurs disques, il conserve ses capacités même si un disque est détruit par un impact de balles. De plus, même s’il est composé de parties rigides, le gilet reste souple, et permet toutes sortes de mouvements, exactement comme pour le blindage du pangolin !

DragonSkin© : le gilet pare-balles inspiré du pangolin

Les écailles du pangolin présentent aussi une structure microscopique très intéressante. Elles sont pourvues de rainures. Cette structure permet au pangolin de mieux résister à l’abrasion, c’est-à-dire la perte de matière par frottements, dans son milieu (cette abrasion est principalement causée par des frottements avec du sable, des surfaces rocailleuses, etc.). Ce type de structures rainurées est très présent dans la nature, on les retrouve par exemple chez les coquilles Saint-Jacques. Dans le cas du pangolin, les écailles rainurées ont inspiré plusieurs types de surface, dont notamment une morphologie de rainures sur une surface en fonte. Ces rainures permettent de diviser par 7, par rapport à une surface lisse, la masse perdue par la surface lors des frottements. La diversité des formes des rainures selon les sous-espèces de pangolin, leur dépendance au milieu dans lequel évolue chaque sous-espèce et les propriétés mécaniques associées sont actuellement étudiées par différentes équipes de biologistes à travers le monde.

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Mais le pangolin est pourtant dangereusement proche de l’extinction


Il est soumis à un braconnage intensif

Malgré ce blindage hors-norme, le pangolin est extrêmement vulnérable face au plus redoutable des prédateurs : l’homme. Cet animal est l’objet d’un braconnage important. Les écailles du pangolin auraient en effet des vertus médicinales selon la médecine traditionnelle chinoise. Réduites en poudre, elles permettraient d’améliorer la lactation chez les femmes qui allaitent, de fluidifier la circulation sanguine ou encore de soigner les inflammations. Même si ces prétendues propriétés sont contredites par plusieurs publications scientifiques (cf. cet article de l’Université de médecine traditionnelle Chinoise de Tianjin), le commerce d’écailles pour des utilisations thérapeutiques reste extrêmement présent en Asie. On constate ainsi un braconnage massif en Asie, mais aussi en Afrique, à destination des marchés asiatiques. En plus de l’intérêt suscité par ses écailles, la viande du pangolin est également très consommée, surtout en Afrique. Le pangolin est ainsi détenteur d’un bien triste record : il s’agit du mammifère le plus braconné au monde aujourd’hui. Couplé à la réduction massive de ses habitats naturels, cela en fait un des animaux les plus menacés du monde : les différentes espèces de pangolin sont classées “en danger critique d’extinction” par l’IUCN.


Les conséquences de la réduction de l’habitat du pangolin

La transmission de certaines maladies est une conséquence directe du braconnage et de la réduction de l'habitat d'animaux comme les pangolins. En effet, cela induit une proximité très forte entre l’homme et ces animaux, qui favorise fortement la zoonose (c’est-à-dire la transmission de maladie entre des animaux et l’homme). Comme cela se produit avec de plus en plus d’espèces animales, ce phénomène de zoonose est amené à devenir de plus en plus commun. Ce genre de situation doit nous faire comprendre que la préservation de la biodiversité est indispensable à la pérennité de l’espèce humaine. La protection d’espèces animales en danger d’extinction, comme le pangolin, doit donc absolument devenir plus systématique, plus stricte et plus efficace.


Les mesures en place pour la protection du pangolin

Entre 2016 et 2019, plus de 200 tonnes d’écailles de pangolin ont été saisies par les autorités dans le monde. Cet immense nombre d’écailles avait été obtenu en tuant plus de 500 000 individus.

Une saisie de plus de 3 tonnes d’écailles de pangolin au Cameroun, en 2017. Crédits photos : Kenneth Cameron

Comme le montre ce genre de saisie, les différentes conventions, accords et mesures en place ne sont pas suffisamment respectés. Une convention a pourtant été signée entre 182 pays, dont la Chine, pour interdire strictement le commerce de pangolin. En dépit de cela, on estime qu’entre 500 000 et 2,7 millions de pangolins sont tués chaque année en Afrique. Plusieurs biologistes tirent donc la sonnette d’alarme : il est urgent d’agir pour protéger le pangolin avant qu’il ne disparaisse complètement !


Pour aller plus loin, les sources utilisées pour la rédaction de cet article :