Intelligence collective : de quoi inspirer nos propres organisations !

Si l’on croyait autrefois que l’intelligence était propre à l’Homme, les études et les découvertes biologiques récentes prouvent que, dans certaines applications comme les organisations collectives, les modèles humains peuvent largement être égalés voire surpassés.


L’intelligence collective des animaux a déjà fait ses preuves. Elle permet de mettre en place des organisations de grande complexité à partir de comportements individuels relativement simples. Il suffit de voir se mouvoir des essaims de millions de criquets ou encore des colonies de fourmis se déclarer la guerre pour comprendre que l’Homme a encore beaucoup à apprendre. L’intelligence collective des animaux leur permet à la fois de se nourrir, de se déplacer, de se défendre et de se reproduire. A ce sujet, des applications technologiques biomimétiques ont déjà vu le jour, notamment en algorithmique. Voici cinq exemples d’intelligence collective inspirants.


Intelligence collective avec les formations en V des oies



L’un des exemples d’intelligence collective les plus connus est la formation en V des oies, qui leur permet de planer plus longtemps et d’économiser de l’énergie grâce au phénomène d’aspiration. Le déplacement des premiers individus créent des flux d’airs qui portent les oiseaux suivants. Cette stratégie n’est pas passée inaperçue, car elle a, entre autres, inspiré nos pelotons de cyclistes.


Intelligence collective au sein des hordes de kangourous


D’autres systèmes d’organisation collective sont bien plus complexes, comme par exemple les hordes de kangourous. Ces dernières sont composées de 10 kangourous ou plus et forment un système social complexe. L’objectif de la horde est de protéger les membres les plus faibles et de former les meilleurs couples pour la prospérité du groupe. A cette fin, des combats entre les membres les plus forts ont lieu et les mâles perdants quittent la horde. La horde évolue donc vers une organisation de plus en plus forte.

Au cours de ses déplacements, la horde peut rencontrer des kangourous solitaires ou d’autres hordes. Dans ce cas, les kangourous se reniflent et se touchent le nez pour partager une série d'informations. Le kangourou le plus faible se tient le nez proche du sol en signe de soumission. Chaque rencontre réorganise donc la hiérarchie de la horde. Lors du combat suivant, les mâles doivent choisir de manière stratégique la meilleure femelle qu’ils puissent espérer obtenir, sans avoir à affronter un mâle trop puissant pour eux.



Intelligence collective au sein des bancs de krill


Les krills sont des crustacés d'eau froide, qui ressemblent à de petites crevettes. Ils constituent un élément majeur de la chaîne alimentaire. Les krills se regroupent en énormes bancs qui peuvent parfois s’étaler sur plusieurs centaines de kilomètres. Un de ces bancs a été découvert près du détroit de Gerlache, en Antarctique. Il possédait pas moins de deux millions de tonnes de krills pour une surface de 450 km².

La formation en banc des krills leur permet d’économiser de l’énergie, sans pour autant priver les individus d’accès à la nourriture. Pour cela, la distribution spatiale des crustacés est optimisée. Comment procèdent-ils ? Le banc ne possède aucune hiérarchie, et le déplacement de chaque krill est conditionné uniquement par les crustacés environnants. La formation globale s’adapte donc en temps réel à la proximité de nourriture et à la densité d’individus environnante.

Cette stratégie de déplacement en groupe est une forme d’intelligence collective partagée par de nombreuses autres espèces : bancs de poissons, essaims de criquets, nuées d’oiseaux...



Intelligence collective au service de la colonisation des fourmis


Les abeilles et les fourmis appartiennent à une catégorie d’animaux bien à part : les animaux eusociaux. Chez les animaux eusociaux, l’organisation du groupe est bien réglée et chaque individu possède un rôle précis : reproduction, protection ou nourrisseur. Intéressons nous à l’intelligence collective de ces deux insectes.


Il existe de nombreuses espèces de fourmis qui possèdent chacune des comportements propres. Certaines d’entre elles sont notamment capables d’élaborer des stratégies de guerre. Étrangement, ces dernières sont proches de certaines stratégies humaines ! En voici quelques exemples :

  • Une première tactique est l’offensive constante, où les individus de la colonie avancent en rang serrés et attaquent tout ce qu’ils trouvent sur leur chemin

  • Une deuxième tactique consiste à couper l’accès à la nourriture d’une colonie de fourmis rivales.

  • Une troisième tactique a été découverte récemment par le Muséum d’histoire naturelle de Vienne. Ce sont des fourmis kamikazes, originaires d’Asie du Sud. Les ouvrières de ces colonies font exploser leur abdomen et libèrent ainsi un liquide toxique afin de tuer leurs ennemis.

  • Une quatrième tactique plus originale vient des fourmis pot-de-miel. Elles s’affrontent lors de combats fictifs, pour évaluer la force de leurs adversaires sans pour autant aller jusqu’à la mort de ceux-ci. La colonie la plus faible se retire et laisse la place à la colonie la plus forte.


D’autres fourmis, les fourmis tisserandes, construisent leur nid à partir de feuilles cousues entre elles. Pour ce faire, elles se regroupent dans des figures très acrobatiques afin de relier et organiser les feuilles en cocon.



En cas d’inondations, les fourmis possèdent également une stratégie ingénieuse : construire un radeau avec les membres de leur colonie. Les différents individus sont disposés de manière à optimiser la structure et la flottaison du radeau : les larves plus légères en socle, la reine bien protégée au centre et les ouvrières tout autour.


Chez les fourmis, les décisions se prennent souvent sans chef et directement au niveau des ouvrières qui sont capables de faire les meilleurs choix par elles-mêmes. Cette forme d’intelligence collective s’appelle “intelligence en essaim”.


Intelligence collective pour communiquer entre abeilles


Enfin, les abeilles doivent communiquer entre elles pour se transmettre les coordonnées géographiques des emplacements de nourriture qu’elles ont découverts. Pour cela, elles possèdent un langage bien à elles : la danse ! Cette danse est une forme d’intelligence collective qui permet de communiquer de façon très précise un emplacement géographique. De cette manière, les abeilles exploratrices sont capables d’indiquer aux abeilles réceptrices la distance, la direction, et même l’odeur du nectar des fleurs qu’elles ont repéré.



Ainsi l’Homme n’est pas le seul à faire preuve d’intelligence collective. De nombreux chercheurs, dont les scientifiques du Centre de Recherche en Cognition Animale à Toulouse, s’intéressent déjà de près à la socialité chez les animaux. Les cinq formes d’intelligences collectives présentées ci-dessus possèdent des applications biomimétiques très concrètes notamment dans le domaine de l'algorithmie. L’étude de l’intelligence collective animale présente donc un fort potentiel, en particulier dans un monde où le traitement des données est un enjeu de taille (sécurité, stockage…).