Théorie de Darwin : la sélection naturelle, mais pas que !

Théorie de Darwin - Fruit de l’histoire, de siècles de découvertes d’espèces et de débats scientifiques, la sélection naturelle est familière à tous. La controverse et les détournements ont pourtant entretenu un flou persistant autour de la théorie de Darwin, qu’il faut éclaircir !


Il y a 212 ans naissait le célèbre naturaliste britannique. Si la théorie de Darwin sur l’évolution des espèces par sélection naturelle fait désormais consensus, une partie de ses travaux reste inconnue du grand public. Jetons-y un œil !


Le joyau de la théorie de Darwin : L’Origine des Espèces


Lorsque la théorie de Darwin est publiée à la fin du 19ème siècle, la conception des sciences de la vie est partagée entre les courants évolutionnistes et fixistes. Les communautés scientifiques sont encore étroitement liées à l’Église : la théologie naturelle créationniste soutient que les espèces ne peuvent dévier de l’ordre naturel qui est d’origine divine.


L’année 1859 marque un tournant dans ce débat, Darwin révélant sa théorie avec la publication de L’Origine des Espèces. La première édition du best-seller, qui s’adresse au grand public, voit ses tirages épuisés le jour de sa sortie !


Dans cet ouvrage de plus de 500 pages, Darwin démontre qu’il existe des variations entre individus d’une même espèce. Il prouve la transmission de ces différences au fil des générations : on parle d’hérédité des caractères acquis. Il soutient ainsi l’idée que les espèces sont capables de varier avec le temps : c’est la théorie de l’évolution ! Il ne faudra que deux décennies à ces idées pour faire consensus, tournant définitivement la page du fixisme.


Dans un second temps, Darwin prend exemple sur les domestications végétales et animales par les humains - on parle de sélection artificielle - pour définir le processus de sélection, qui permet la création de nouvelles espèces en favorisant la reproduction d’individus aux caractéristiques précises. Il fait l’analogie avec les milieux naturels : la compétition pour l’accès aux ressources vitales, limitées, fait le tri parmi les individus d’une même espèce ! Ceux qui la remportent, et survivent, sont ceux qui disposent des variations les plus adaptées à leur écosystème. Ils les transmettront à leurs descendants, uniques représentants de l’espèce : c’est la sélection naturelle ! Oubliée dans un premier temps, elle s’imposera au cours des années 1940 avec la théorie synthétique de l’évolution (ou “néodarwinisme”) qui incorporera les premières découvertes en génétique, que Darwin ignorait.


C’est bien ce processus de sélection naturelle qui, entraînant l’optimisation des systèmes biologiques, est à l’origine de la pertinence du biomimétisme !


Les pinsons des îles Galápagos sont des exemples essentiels à la théorie de Darwin sur la sélection naturelle. Issus d’une espèce unique ayant colonisé plusieurs îles, leurs becs se sont différenciés selon les usages spécifiques.


La théorie de Darwin complétée par la sélection sexuelle


La théorie de Darwin est enrichie d’un second ouvrage majeur, La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe, en 1871. Darwin y développe le mécanisme de sélection sexuelle, maillon complémentaire de la compétition pour la survie.


La sélection sexuelle s’explique par la compétition entre les individus d’une même espèce, pour l’accès à l’accouplement. Les différences héréditaires donnent un avantage pour la reproduction à certains individus, et leur permettent d’avoir plus de descendants que leurs concurrents. En conséquence, la génération suivante est peuplée d’une plus grande proportion d’individus possédant ces caractéristiques avantageuses. Et ainsi de suite !


Deux phénomènes entrent en jeu dans cette sélection. D’une part, la sélection intrasexuelle illustre la compétition entre les individus du même sexe (généralement masculin) pour accéder au plus grand nombre d’individus du sexe opposé. D’autre part, la sélection intersexuelle représente la pression exercée par les individus du sexe opposé, qui choisissent leur partenaire.


Voici un exemple concret de cette théorie : certains oiseaux présentent une profusion de couleurs chatoyantes qui leur permettent de soigner l’esthétique de leur parade nuptiale... au détriment de leur capacité à se cacher des prédateurs !


Ces adaptations génèrent des différences d’évolution selon les genres : on parle de dimorphisme sexuel.


Si certains de ses contemporains acceptent la théorie de Darwin sur la compétition pour la survie, l’idée de sélection sexuelle reçoit un accueil très critique lors de sa publication. Une de ses filles lui aurait interdit d’évoquer cette théorie publiquement, et même Alfred Wallace, avec lequel il avait développé la théorie de la sélection naturelle, s’y opposait fermement ! Il faudra attendre la fin du 20ème siècle pour qu’elle s’impose parmi les communautés scientifiques, et reste débattue aujourd’hui.


Piliers de la théorie de Darwin sur la sélection sexuelle, les couleurs irisées du paon sont un cas d’école : les femelles choisissent leur partenaire parmi les mâles disposant du maximum d'œillets colorés… au détriment de la discrétion !


L’apport de la théorie de Darwin à la sociologie et à la psychologie


L’impact de la théorie de Darwin est loin de s’être limité aux sciences naturelles ! En effet, une partie de son œuvre s’intéresse directement aux questions sociologiques et psychologiques liées à l’évolution des espèces et de l’Homme. Ainsi, L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux, paru en 1872, est le troisième et dernier ouvrage majeur du célèbre naturaliste.

Il complète les travaux amorcés dès La Filiation de l’Homme sur la psychologie évolutive et l’application de la théorie de Darwin à l’évolution aux sociétés. Il y étudie les émotions humaines avec le filtre de la biologie évolutive, reliant leur origine à celle des comportements animaux. Ses idées avant-gardistes sur les sentiments animaux sont difficilement acceptables pour l’époque... et ne seront prises au sérieux qu’un siècle plus tard, avec les travaux de Jane Goodall dans les années 70. En soulignant l’importance de la communication émotionnelle avec les enfants, Darwin préfigure également les travaux de Freud sur la psychanalyse !


L’adaptation de la théorie de Darwin à la socio-anthropologie a joué en défaveur de ses travaux. On lui prête, entre autres, la paternité de l’eugénisme, qui prône la sélection des humains à naître sur la base de leur patrimoine génétique, et du malthusianisme, qui envisage une restriction de la démographie pour éviter l’épuisement des ressources. De plus, les barrières linguistiques de l’époque rendent difficile la transmission de ce savoir épineux : la première traduction francophone de L’Origine des Espèces est réalisée par une française exilée en Suisse, dont les positions ouvertement anticléricales et eugénistes ajoutent à la controverse de la publication de l’ouvrage !


Malgré le temps nécessaire à leur acceptation et les détournements dont la théorie de Darwin fut victime, le naturaliste britannique influença des générations de scientifiques, et la portée de son œuvre est aujourd’hui comparable à celle d’Einstein en physique ou de Marx en philosophie politique.