Les couleurs dans le vivant : un outil multifonctionnel

Les couleurs dans le vivant ne se sont pas développées pour plaire à quiconque les regarde. Effet secondaire d’une molécule indispensable, atout pour la sélection sexuelle, outil de camouflage dans les rapports proies/prédateurs : les couleurs dans le vivant sont vitales !


Les couleurs dans le vivant pour assurer l'équilibre corporel


Souvent, la couleur n’est qu’une propriété secondaire des molécules présentes dans le corps des êtres vivants et dont l’intérêt premier est tout autre. C’est le cas d’une famille de molécules organiques présentes chez les oursins, dans le test et les spinules, c’est-à-dire la carapace et les pics : les naphthoquinones polyhydroxylées. Elles sont fondamentalement anti-oxydantes, anti-UV et anti-bactériennes mais sont aussi responsables des diverses couleurs (source en anglais) que peuvent prendre ces échinodermes, fascinants à bien d’autres égards.


Dans d’autres cas, la couleur dans le vivant sert à réguler la température corporelle. C’est le cas pour les animaux poïkilothermes dont la température corporelle varie avec celle de leur environnement. Leur seul moyen de se préserver des variations de température est d’optimiser les échanges thermiques avec leur environnement. C’est le cas de nombreux insectes, dont certains papillons qui doivent maintenir leur température corporelle entre 35°C et 40°C pour pouvoir voler. Pour ce faire, ils absorbent les rayonnements visibles et infrarouges. Les parties sombres des ailes jouent ce rôle d’absorbeur tandis que les parties colorées réfléchissent la lumière incidente sur l’abdomen qui absorbe bien le rayonnement. (D’après S. Berthier, Photonique des Morphos, “Thermorégulation, propriétés radiatives”, 2010)


Aussi, les caméléons deviennent plus foncés lorsque leur environnement se rafraîchit, et inversement. De cette manière, ils absorbent davantage le rayonnement incident dans le premier cas alors qu’ils le réfléchissent plus dans le second.


Les couleurs dans le vivant, éléments de communication essentiels


La communication est indispensable dans le monde vivant que ce soit pour attirer l’attention, avertir ou encore mettre en place une hiérarchie. Les couleurs permettent ainsi de transmettre ces informations.

Les parades nuptiales sont l’occasion pour paons, oiseaux de paradis, colibris, caméléons (voir diaporama) et autres splendides spécimens d’exhiber leurs plus belles couleurs. L’occasion de faire perdurer la sélection sexuelle selon la théorie de Darwin.



Assurer sa reproduction ne concerne pas seulement les espèces ayant recours à la reproduction sexuée. Les plantes aussi sont concernées et doivent pour cela attirer les pollinisateurs. Ce n’est pas pour rien qu’elles peuvent arborer une apparence complexe et dont les couleurs ne s'arrêtent pas au spectre visible. En effet, beaucoup des pollinisateurs ne sont pas sensibles aux couleurs tels que nous le sommes et distinguent par exemple l’ultra-violet, invisible pour l'œil humain. La fleur de l’Onagre apparaît par exemple uniformément jaune pour une vision humaine classique alors qu’elle révèle des motifs dans le domaine UV. Cela permet d’attirer les abeilles qui, pour la plupart, ont une vision trichromatique allant du vert à l’UV en passant par le bleu.


Crédits : F. Christnacher

Photographies visible et UV de l'onagre.


"Les photographies dans l'ultraviolet ont été prises avec une caméra CCD sensible dans l'UV. L'objectif et deux filtres assurent la transmission des UV entre 300nm et 400nm."



Les êtres vivants arborent parfois des couleurs intenses pour dissuader leurs prédateurs de les attaquer. Par exemple, les dendrobates sont des grenouilles venimeuses dont les sécrétions cutanées sont mortelles pour ses prédateurs. La couleur de leur peau est aussi vive que leur sécrétion est venimeuse.


La grenouille fraise (Oophaga pumilio) et la Phyllobates terribilis, dendrobate la plus venimeuse du genre.


Mandrill coloré, ayant atteint la maturité sexuelle

Enfin, chez certains animaux sociaux, les couleurs des êtres vivants sont un symbole du statut dans le groupe et imposent la hiérarchie. Elles suffisent parfois à déterminer qui est le mâle dominant. C’est le cas chez les mandrills, une espèce appartenant au genre des babouins que vous connaissez tous très bien car c’est Rafiki dans le Roi Lion. Lorsqu’ils sont jeunes, ces primates ont un pelage assez uniforme de couleur brune. Mais lorsque les mâles atteignent la maturité sexuelle, leur visage et leur postérieur se teintent de tons rouge et bleu très profonds. Ainsi, plus l’intensité de ces couleurs est forte et plus le leadership du mandrill mâle est important.


Les couleurs dans le vivant : un camouflage pour se faire discret ?


Parfois dans la nature il vaut mieux se faire discret… A la fois pour chasser sans être repéré mais également pour se protéger et échapper à ses éventuels prédateurs ou concurrents.


Ainsi, certains animaux ont pu évoluer grâce à un camouflage particulier. Cela peut nous paraître étrange mais les couleurs orange et noir du tigre lui servent bel et bien à se camoufler. En effet, ses proies ont majoritairement une vision dichromatique si bien qu’ils distinguent mal le rouge du vert. Tapis dans les herbes, le tigre est donc difficilement repérable, l’illusion est quasi parfaite. Cette caractéristique lui est indispensable puisque malgré cela, le taux de succès de sa chasse ne dépasse pas les 10% ! (Source : RTBF)

De la même manière, l’araignée crabe se fait “invisible” pour les abeilles et autres insectes pollinisateurs qui constituent ses repas. Elle se pose sur les fleurs habituellement butinées par ses proies et en adopte la couleur devenant ainsi tour à tour complètement blanche ou complètement jaune. En plus de cela, elle renvoie les rayons UV, auxquels sont sensibles ses proies qui sont alors davantage attirées par les fleurs occupées par le prédateur. L’araignée n’a alors plus qu’à attraper sa proie lorsque cette dernière butine et ne se doute de rien.


Mais il n’y en a pas que pour les prédateurs : la couleur dans le vivant est aussi un moyen de se camoufler pour les proies. Certains animaux montagnards changent de couleur lorsque les sommets s’enneigent pour se fondre dans leur environnement. Renard arctique, lapin arctique et lagopède alpin sont par exemple bruns lorsque leur habitat n’est pas encore enneigé ce qui leur permet d’être discret à cette période de l’année mais les rend particulièrement vulnérables lorsque la neige tombe. Ils transforment alors poils et plumes et deviennent blancs, bien plus difficile à repérer par leurs prédateurs.


Le renard arctique (vulpes lagopus) change de couleur selon la saison et son environnement


Maintenant que vous savez pourquoi il y a tant de couleurs différentes dans le vivant, éclatantes et surprenantes dans la nature et que leur rôle est essentiel dans la survie des espèces, j’imagine que d’autres questions vous viennent… Comment ces couleurs sont-elles produites par les êtres vivants ? Comment voient-ils ces couleurs et quelles différences trouve-t-on au sein du règne animal ? Vous trouverez des éléments de réponse dans de futurs articles… Stay tuned !


Source principale : Documentaire Life in Color with David Attenborough, Netflix